Bonjour à tous.
Aujourd'hui c'est la Crise. Oui, la Crise. Alors il faut arrêter de déconner. Je vais tenter d'être sérieux car par les temps qui courent, un peu d'abnégation et de mauvais esprit ne me feront pas de mal. Voilà donc un petit essai de sociologie de comptoir.
Le Canada est le deuxième plus grand pays du monde après la Russie. À la différence des États-Unis, il n'est pas divisé en états, mais en provinces et en territoires rassemblés sous un état fédéral parlementaire, lui-même devant allégeance à la couronne britannique.
On compte trois territoires peu habités pour cause de climat polaire (le Yukon, le Nunavut et les Territoires du Nord-Ouest) ainsi que dix provinces (la Colombie-Britannique, l'Alberta, le Manitoba, le Saskatchewan, l'Île du Prince-Édouard, Terre-Neuve et Labrador, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l'Ontario et le Québec).
La frontière qui sépare l'Ontario du Québec va bien au-delà de la simple délimitation administrative. La rupture entre la culture imprégnée de "Vieille Europe" propre à la province francophone et celle typiquement "américaine" de l'autre, prend ici tout son sens.
L'unité nationale canadienne, déjà mise à mal depuis des décennies par des revendications séparatistes québécoises, ainsi que par des requêtes de souveraineté de la part des "Premiers Habitants" amérindiens oubliés, est également mise en défaut ici.
Pour les euskaldunak qui connaissent bien l'animosité rampante entre Basques et Landais, la situation pourrait bien sembler analogue entre Ontariens et Québécois. Cependant, la résumer à cela serait réducteur.
L'ambiance -diffuse mais présente- qui règne entre ces deux provinces va bien plus loin que les petites guerres de clochers, les petites vannes au rugby, les inepties du genre "les fêtes de Dax sont meilleures que les Fêtes de Bayonne" (et toc ! ndlr) et autres "chambrages" de mauvaise foi bien de chez nous.
Dans le cas présent, il s'agit véritablement de la confrontation de deux modèles sociaux, économiques et culturels. Inévitablement la différence de langue, et l'éternel affrontement anglais/français creuse davantage encore ce fossé.
Les Ontariens sont tournés vers l'État fédéral, ainsi qu'énormément vers les États-Unis. Ottawa, capitale fédérale, est une ville de taille modeste un peu à part, puisqu'ayant essentiellement un rôle politique, elle est "à cheval" entre les deux cultures car beaucoup de québecois y vivent. D'autre part la langue française doit être parlée par tout haut-fonctionnaire canadien y siégeant, quelle que soit son origine. Ce bilinguisme -vous vous en doutez- génère au Parlement une cacophonie des plus risibles qui n'est pas sans rappeler les sessions musclées de notre chère Assemblée Nationale.
Toronto, la plus grande ville du pays, est organisée et construite sur le modèle des grandes métropoles américaines, avec une attirance extrêmement forte et assumée pour ses fameux voisins du pays d'Obarack. L'organisation à l'américaine est prédominante, notamment dans la manière de travailler, très stricte et bureaucratique, ainsi que dans le mode de vie quotidien (l'american way of life). Pour le péquin français moyen et lambda que je suis, on se croirait aux État-Unis si l'on ne savait pas être au Canada.
"Rrrrrrrrrrrien à voir !" me répondent poliment ces fiers Canadiens à l'accent d'Itxassou. Il est vrai que l'Ontario a ses particularités et ses distinctions vis à vis du Texas. Soit. Mais si l'on s'intéresse au Michigan ou à l'Illinois, la différence entre les deux pays est beaucoup moins flagrante.
Le Québec en revanche, est emprunt d'une particularité culturelle unique en Amérique du Nord. Et il en est conscient. Et il en est fier. Le modèle social ou économique américain n'a-t-il pas fait preuve de multiples faiblesses par le passé ? Pourquoi le peuple québecois devrait-il être contraint à l'assimilation et s'aligner sur le reste du pays et de l'Amérique du Nord ?
Bien sûr, personne ne peut nier l'influence importante exercée par les USA et le Canada fédéral sur la Belle Province. Montréal, capitale économique, est une ville cosmopolite, désireuse de s'aligner un peu plus sur ses voisins afin de conserver sa compétitivité, sa richesse et son essor économique. Ainsi, et également de par sa proximité avec les États-Unis, un pourcentage non-négligeable (12,5%) de sa population est de culture anglophone (elle parle peu ou pas du tout le français), et beaucoup d'entreprises sont logiquement amenées à travailler dans cette langue (que voulez-vous, business is business). Bien que la population québecoise de culture française y soit en large majorité (52,4%), Montréal est de loin la ville la plus "american" du Québec.
À vrai dire, si la culture américaine a pu déteindre sur le Sud du Québec, elle s'efface rapidement en montant vers le Nord, jusqu'à devenir très marginale et reniée. La Ville de Québec, capitale politique, a toujours été le symbole absolu du "vrai Québec francophone" ; celui des jubilants "ostie de câlisse de tarbarnac !" glissés entre deux gorgées de bière Unibroue ; celui des amateurs de poutine et fanatiques de hockey ; celui de ceux qui sont fiers de leur culture et de leur héritage français ; celui de ceux qui, dès le départ, n'aiment pas les "ostie d'Ontariens". Difficile alors de trouver des anglophones. Et si vous continuez vers le Nord, ça ne s'arrangera pas !
Mais le Québec a réellement quelque chose que n'a pas l'Ontario. C'est probablement cet aspect "véritable, rustique et généreux" des campagnes européennes que les État-Unis ont chassé dès leur indépendance pour marquer la rupture avec l'Angleterre. On sent les gens plus proches de soi, plus ouverts, moins gênés...bref, plus "vrais". Cela n'en fait pas des imbéciles, loin s'en faut, la réussite des entreprises montréalaises est là pour le prouver.
Les Ontariens eux, regardent leurs voisins de la même manière qu'un aristocrate anglais posait ses yeux sur un français il y a quelques siècles.
- "Vulgarité et mauvais goût. Typiquement français", aurait-il annoncé.
-"Coincé du cul condescendent. Typiquement anglais", rétorquerait l'autre.
Les uns reprochent aux autres leur vision non-conformiste préférée à la culture sociale canado-étatsunienne , leurs velléités indépendantistes, leur défiance constante à l'égard de l'État fédéral, et en critiquent les us et coutumes.
Les autres reprochent aux uns leur manque d'identité conduisant à un comportement typé "mouton" avec la puissance américaine, la vacuité de leur culture propre, leur arrogance, et en critiquent les us et coutumes.
Dans tout ça, d'autres bien évidemment, s'en tapent goulument le coquillard. Ils sont quand même nombreux. Et c'est bien heureux qu'il y ait des gens qui soient comme ça. Ça évite des guerres. Et des cheveux blancs et des arrêts cardiaques aussi. Ça n'évite pas les accidents de la route, par contre, mais bon. Ça n'a pas empêché la Crise non plus.
C'est vrai, on déconne, tout ça, mais c'est la Crise. Je ne devrais même pas être ici, après tout je ne crée aucune richesse, honte à moi. Je devrais me lever tôt, et travailler plus pour peut-être espérer gagner autant ! J'y cours. À la prochaine.
3 commentaires sans-interêt:
Salut Olivier !
Eh bien, que d'aventure au Canada à ce que je vois. En plus ton blog se veut aussi culturel. C'est cool.
Sinon, tu deviens quoi ? Tu comptes rester au canada un petit moment encore ?
A bientôt,
Tsila
Hey MayheM, t'es un osti de quebecos maintenant on dirait, t'as etudié le sujet à fond, en tout cas c'était instructif, mais c'est pas pour autant que je vais renier Kovalev.
++
Carn
Salut !
Ton approche sociologique canadienne est carrément intéressante !
Je suis francais et j'arrive a MTL en Octobre 2009 (Deux voyages en 2009, a Quebec, Trois Rivieres, MTL, NYC).
Je compte pratiquer aussi le hockey sur glace la-bas (le reve de tout joueur francais!)
Ca pourrait etre sympa de garder contact !
Je vais d'ailleurs a Anglet en Aout :-)
Je te laisses mon mail pierreaiguillon@hotmail.com
Enregistrer un commentaire